Blog d'informations et Le blog du Syndicat CGT du Centre Hospitalier de Port-Louis/Riantec
LETTRE OUVERTE
A l’attention de Monsieur Xavier Bertrand Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, Madame Nora Berra Secrétaire d'État chargée de la Santé et Monsieur George Tron Secrétaire d’ État chargée de la fonction publique.
La précarité se multiplie à l’Hôpital
Monsieur Le Ministre,
Monsieur Le Secrétaire d’État,
Madame La Secrétaire d'État,
La fonction publique hospitalière est une grande « consommatrice » de salariés précaires. Quand on parle de précarité à l’hôpital, on pense immédiatement aux patients en détresse sociale et financière. On oublie trop souvent que la fonction publique hospitalière est un des grands employeurs de précaires sous toutes ses formes: contrats à durée déterminée (CDD), contrats aidés, intérim…
De plus en plus, dans notre établissement, des Agents de Services Hospitaliers, Aides-soignants(es) et Infirmiers(ères) sont en Contrat à Durée Déterminée sans interruption : de 2 à 10 ans « de bons et loyaux services et toujours rien en terme de titularisation, même en ayant accepté d’être baladée d’un service à l’autre… » Ces salariés se sentent «piégés» et «dans l’impossibilité de faire des projets d’avenir». Leur situation signifie : pas d’ancienneté reconnue, pas de prime de service, ni de prime de chaussures refusée par notre direction.
Si le recours au travail précaire est massif dans l’industrie, (…) il demeure mal connu et pourtant répandu dans le secteur tertiaire, en particulier dans le milieu hospitalier. Les établissements de santé font en effet appel à des travailleurs temporaires afin de combler un manque chronique de personnel soignant souvent lié à l’alourdissement de la charge de travail, mais aussi les restrictions budgétaires qui supposent des suppressions de postes. Les personnels précaires sont utilisés comme des “variables d’ajustement”, leur grande flexibilité d’emploi laissant toute liberté à l’employeur d’adapter ses effectifs aux besoins du moment.
Selon le dernier rapport sur l’état de la fonction publique 2009-2010, la part des agents non titulaires dans la fonction publique hospitalière est passée de 9,6% des effectifs en 1998 à 14,6% dix ans plus tard, ce qui représente une augmentation de 5%. Et cette hausse semble particulièrement forte sur les deux dernières années : +6,5% entre 2006 et 2007, et +5,9% entre 2007 et 2008. Au total, quelque 152100 non titulaires ont ainsi été recensés. Un chiffre très certainement sous-estimé car il ne prend pas en compte le personnel employé sous contrat aidé, dont les hôpitaux font largement usage. Le recours aux non titulaires le plus fréquent intervient dans les petits hôpitaux : 24% du personnel y sont non titulaires. «Plus l’hôpital est petit, plus il est amené à être demandeur de personnels remplaçants, car il dispose de moins de souplesse du fait des effectifs plus restreints. Il en résulte une double précarisation: précarisation de l’emploi d’une part et précarisation du travail, d’autre part, due au déséquilibre induit par la présence constante de remplaçantes, dont le fort turnover bouleverse l’organisation du travail, la définition des tâches , les relations entre agents et les relations avec les résidents.
C’est pour cela que nous vous sollicitons car notre établissement n’échappe pas cette règle. Toujours plus et trop de précarité! Multiplication d’emplois très précaires et non qualifiés (CAE Contrat d’accompagnement à l’emploi et Contrat d’Insertion Unique) notre direction invoque dans une grande générosité le motif de l’insertion. Des contrats à temps partiels subis avec une protection sociale moindre, un salaire indécent et certaines fois des qualifications non reconnues (environ -800 euros/mois sans primes sous le seuil de pauvreté). Ces personnes sont le plus souvent dans une précarité sociale difficile, et souvent laissées au bord du chemin par notre société pour des raisons diverses : perte de l’emploi, situation familiale difficile (souvent des femmes seules avec leurs enfants…), trop âgés pour être embauché, fin de droit d’ASSEDIC….
Nous souhaitons que ces agents puissent bénéficier d’un vrai contrat de travail, d’une protection sociale, d’un salaire décent et d’un droit à la formation au moins équivalents aux nôtres, avec à la clé une vraie pérennité de l’emploi.
Pour les agents contractuels une solution existe par la création d’un pool de remplacement de titulaires. Titularisation des agents ayant au moins de 2 ans de remplacement sans interruption, car il y une différence entre des besoins de remplacements occasionnels et des besoins en remplacement durables et continuels. Cela pourrait permettre aux agents déjà titulaires en poste qui le souhaite d’être plus mobile.
Aucun emploi n’est superflu dans notre établissement. Tous les personnels sont confrontés à des situations sociales et médicales parfois difficiles et se sentent moralement impliqués par leurs responsabilités à l’égard des personnes dépendantes.
La première reconnaissance serait une vraie pérennité de l’emploi, un salaire décent, une vraie protection sociale et le droit la formation. Ne nous voulons pas des emplois pansements pour diminuer l’hémorragie du chômage depuis des années, avec des appellations différentes pour noyer le poisson.
Nous souhaitons, Monsieur et Madame Les Ministres, vous rencontrer afin débattre sur sujet dans le seul but de trouver des solutions pour promouvoir la pérennité de l’emploi dans les établissements de santé.
Nous vous prions d’agréer Monsieur et Madame Les Ministres, l’expression de nos sentiments distingués.
Ludovic Bénabès
Représentant du Personnel
Secrétaire pour le Syndicat CGT
Du Centre Hospitalier de Port-Louis/Riantec