Santé. Conflit social au centre hospitalier de Douarnenez
LE TELEGRAMME
24 janvier 2014 -
La situation financière de l'hôpital contraint sa direction à serrer la vis en terme de moyens humains. Mais visiblement, la coupe est pleine. « On crie notre détresse et vous ne nous entendez pas ! », a presque hurlé une infirmière, hier.
Pendant plus d'une heure, hier après-midi, Francis Bruneau, directeur du centre hospitalier depuis un an, a fait face à quelque 300 à 350 des 700 personnes, hors médecins, qui travaillent sous sa responsabilité. Du personnel à bout. Pas assez de moyens humains, une organisation administrative jugée défaillante, des primes attendues payées en retard, sans prévenir, des emplois du temps modifiés au dernier moment, créant des crispations dans les familles... « On nous tire trop sur la couenne !, a lancé une infirmière à son directeur. On n'a plus de vie privée. Certains ne décrochent plus leur téléphone quand on les appelle chez eux, alors qu'ils savent bien que les collègues vont être en difficulté. Ça ne peut plus durer ! ». La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, ce sont ces négociations engagées ces derniers jours avec la CFDT, syndicat majoritaire dans l'établissement, sans concertation avec l'autre section syndicale, la CGT.
Erreur sur la méthode
« Je reconnais qu'il y a eu erreur dans la méthode, a convenu Francis Bruneau. Mais je persiste à dire qu'il reste une zone d'incompréhension. Il faut procéder à des ajustements, en discutant de manière structurée. Je ne nie pas que le système de santé est soumis à une forte pression, notamment en raison du vieillissement de la population. Mais nous sommes un établissement qui a besoin d'investir ! Et c'est vrai que c'est très impopulaire de choisir les économies pour garantir l'avenir. Je le sais ! Quand je dis que l'hôpital doit trouver de l'argent pour rénover le circuit d'eau, c'est de sécurité sanitaire qu'il s'agit. Transformer une chambre double en chambre individuelle avec sanitaires, c'est 18.000 €. Mais c'est du confort pour les patients et de meilleures conditions de travail pour vous ! Récemment, nous avons voulu emprunter 1 M€, les banques n'ont pas suivi. Parce que nous n'avons pas de bons indicateurs ! Alors oui, aujourd'hui, il faut maîtriser les coûts. Et ne noircissons pas le tableau. Nous faisons du bon travail ». « Oui, nous faisons du bon travail, a rebondi une aide-soignante de Ty Marhic. Nous le faisons avec coeur. Mais vous trouvez normal qu'on commence les toilettes à 7 h et qu'on les finisse à midi pour enchaîner sur le repas ? Vous croyez que ça fait plaisir au patient de rester au lit jusqu'à midi ? » « On vous parle de notre détresse et vous ne nous entendez pas !, hurle presque une infirmière à ses côtés. Comment en est-on arrivé là, en un an ? »
Pathologies de plus en plus lourdes
« Il y a une dégradation du climat social depuis quelques mois. Depuis l'arrivée du directeur des ressources humaines, résume une autre infirmière. On sait bien que vous êtes le manageur général. Mais il faut que le climat social s'apaise. Car derrière, il y a les patients. C'est pour ça qu'il nous faut de la souplesse dans les services. Parce qu'on a affaire à des pathologies de plus en plus lourdes, notamment sur le plan psychologique. Il y a des tâches qu'on peut remettre au lendemain, d'autres non. Comment peut-on nous demander, dès lors, de ne plus faire d'heures supplémentaires ? C'est un équilibre à trouver et on voit bien qu'il ne l'est pas. Or, il faut désamorcer la bombe ». « Je prends acte du souci de dialogue et je vais travailler dans ce sens, pour diminuer la tension », a promis le directeur. Et tous ont convenu de se retrouver la semaine prochaine, autour d'une table, avec des représentants de tous les services. Et en présence du directeur des ressources humaines.
OUEST FRANCE
Douarnenez - 23 Janvier
Selon la CGT, 350 agents de l'hôpital ont participé au débrayage, ce jeudi 23 janvier, à l'appel du syndicat.
Selon la CGT, 350 agents de l'hôpital ont débrayé ce jeudi 23 janvier, à 14 h 30, à l'appel du syndicat. Après un discours de son porte-parole Marceline Sévérac, dans le hall, le directeur Francis Bruneau a accepté de discuter, avec eux, à bâtons rompus, dans le self de l'établissement.
Les agents, face au directeur Francis Bruneau. | Ouest-France Un peu plus tôt dans la semaine, la CFDT, syndicat majoritaire dans l'établissement, avait annoncé la levée de son appel au mouvement, estimant que les négociations avec la direction avaient porté leurs fruits (Ouest-France du mercredi 22).
Au contraire de la CGT, donc. Les revendications du personnel ont notamment porté sur le dialogue social, la remise en cause des règles en vigueur, ou bien encore sur le devenir de la chirurgie à Douarnenez.
A l'issue de cette rencontre, tous ont convenu de se revoir à l'issue d'un prochain débrayage, jeudi 30 janvier, à 14 h 30.