Le premier chapitre fut un exercice d’autosatisfaction : en effet, grâce à la brillante intervention de notre ministre des finances, la demande du
vilain Gadonneix d’augmenter le tarif de l’électricité de 20% sur 3 ans s’est muée en augmentation de 1.9% pour les particuliers. Quelle bienfaitrice ! Et comme son coach le lui a appris, elle a réussi à placer deux fois l’existence d’un
« tarif social de l’électricité » !
Sur
Molex, aucun condamnation de la délocalisation cynique et sauvage : Christine Lagarde se félicite de la mise en place d’une médiation, et a même le toupet d’ajouter
« Il y a eu des excès de part et d’autre dans cette affaire ». Les salariés apprécieront le soutien. Même s’ils se doutent bien que pour elle qui ne fréquente que des patrons, les
« salariés » ne se matérialisent que sous forme de nombre dans les colonnes d’un tableur…
Le sujet suivant concernait les bonus des banquiers et des traders. Delvaux rappelle que les 10 plus gros salaires de BNP Paribas, banque qui a reçu 5 milliards d’euros d’aides publiques, se sont élevés à 50 millions d’euros. 5 millions par tête de noeud-pipe. Effectivement c’est beaucoup. Mais Delvaux n’a pas demandé à Lagarde si elle ne se sentait pas un peu morveuse de faire mine de s’offusquer de cela, elle qui à la tête de son cabinet d’avocats touchait naguère 800 000 dollars de salaire annuel, et dont personne à ma connaissance n’a divulgué le montant des bonus… Car Lagarde qui s’insurge des bonus des banquiers, c’est l’hôpital qui se fout de la charité, ou Dutroux qui se fout de Fourniret…
Lagarde n’a décidément pas changé : son seul credo est toujours LA CROISSANCE. Tout part de là, et tout y mène. Elle qui allait chercher le
deuxième chiffre après la virgule pour se réjouir avant
« la crise », est toute fière d’annoncer un +0.3% au deuxième trimestre. Et ce n’est pas Delvaux qui allait doucher son enthousiasme, au contraire, puisqu’il a même trouvé le moyen de lui tenir à deux mains sa grosse louche de soupe :
« où seront vos prochains leviers pour soutenir la croissance ? » Je me demande quelles études de mathématiques ont pu faire Christine Lagarde, Eric Delvaux et la plupart des politiciens, économistes (et journalistes économiques) pour croire encore contre toute évidence qu’une croissance infinie est pensable dans un monde fini !
Le modèle de la
« croissance à tout prix » est agonisant, et comme si la catastrophe née de la
« création de richesses virtuelles » que vient de nous infliger la finance ne suffisait pas à rendre l’esprit à ceux qui l’avaient perdu, il va de toute façon se heurter tôt ou tard (et plus probablement tôt que tard) au mur de l’énergie. Il faut être débile et inconscient pour ne pas s’en rendre compte. Et pourtant, ceux qui tiennent de tels propos et disent qu’il est temps de refonder les principes de l’économie, du travail et du partage des ressources passent encore pour des illuminés… Alors les maniaques dangereux qui célèbrent cette
« croissance » gouvernent la quasi-totalité des pays du monde…
Pour vous donner une idée de la cata dans laquelle nous sommes, quelle est la principale raison évoquée par Madame Lagarde pour que la
« croissance » reparte ?
« Le restockage que les entreprises doivent faire ». On ne rit pas ! C’est vrai que pour prendre l’exemple des marchands de bagnoles, il y a bien des industriels qui ont vidé leurs stocks pléthoriques, et à un moment ou à un autre, il faudra bien refabriquer. Voilà. Et quand le stock sera reconstitué, voire rempli au-delà du raisonnable, comme l’ont justement fait les constructeurs automobiles avant la crise ? Hein ? On repart pour un tour ?
Mais laissons la croissance à son triste sort pour passer au sujet suivant : le travail le dimanche. Encore que ce n’est pas vraiment un sujet différent, le travail du dimanche n’est qu’une nouvelle tentative ridicule et désespérée pour
« relancer cette foutue croissance ». Eric Delvaux rappelle que FO veut saisir le Bureau International du Travail (B.I.T) à ce sujet. Lagarde répond sans rire
« On tient toujours compte des observations du B.I.T ». Euh… Je veux bien croire qu’elle laisse les gens du B.I.T parler, mais de là à tenir compte de ce qu’ils disent… Disons qu’elle cache un peu ses boules Quies… Et de citer le patron d’un grand magasin du Boulevard Haussman :
« Moi je crée demain 400 emplois dès lors que j’ouvre mes magasins le dimanche ». Tiens, c’est étrange Delvaux ne lui fait pas remarquer que l’argent dépensé le dimanche ne le sera pas le reste de la semaine, et que les 400 emplois (théoriquement) créés ici seront forcément détruits ailleurs, comme cela s’est passé entre les grandes surfaces et le commerce de proximité…
Il aurait aussi pu lui demander, mais il ne faut pas rêver, si elle ne trouvait pas minable de mettre en application en plein mois d’août une loi scandaleuse et entubatoire pour les salariés, qui après toutes les rodomontades sur le
« travailler plus pour gagner plus » et l’argumentaire initial qui était de dire que les
« volontaires » pour travailler le dimanche gagneraient le double était réduit à néant, puisque dans un retournement ahurissant on apprend désormais que dans de nombreux cas les pauvres pommes qui seront concernées ne gagneront pas un fifrelin supplémentaire… Du concentré de honte à l’état le plus pur.
Je glisse sur le formidable succès de la baisse de la TVA dans la restauration, dont même Lagarde et Delvaux conviennent que c’est un ratage complet, et qu’au lieu des 11.8% de baisse théorique des prix qui eût dû en résulter, la baisse observée serait plutôt dans les 1%… Curieusement, ni Lagarde ni Delvaux ne reconnaissent que cette mesure clientéliste n’était qu’un vil cadeau électoraliste à une confrérie largement acquise à l’UMP… Pas plus que l’un ou l’autre n’extrapole sur la crédibilité de ceux qui promettent qu’ils vont créer des emplois si on les laisse ouvrir le dimanche, ou rester dans la décence pour la rémunération de leurs traders…
La taxe carbone? Moins elle en sait, plus elle en parle
Mais le plus drôle était à venir, lorsque la
« taxe carbone » vint sur le tapis. Bon, Christine Lagarde a benoîtement confirmé ce que l’on savait déjà, c’est-à-dire que la suppression de la taxe professionnelle (
« un impôt imbécile », selon elle) serait bien compensée par la
« taxe carbone » (
« un bel impôt », toujours selon elle). Je l’ai déjà dit, cela est proprement scandaleux, le but de la taxe carbone n’a jamais été de faire baisser les impôts des entreprises ! Christine Lagarde le sait, d’ailleurs, puisqu’elle annonce que le but de cette taxe est de
« nous rendre un peu plus intelligent avec notre environnement et à changer notre comportement »…
Eric Delvaux prend la défense du con-sommateur outragé, et l’apostrophe en ces termes vifs :
« les 32 centimes d’euros la tonne de CO2 préconisés dans le rapport Rocard, vous êtes plusieurs à trouver que ça fait beaucoup ».
Lagarde acquiesce, et compatit :
« il ne faut pas que d’un coup on ait plus 8 centimes d’euros au litre de super », avant d’expliquer :
« Le prix de marché sur la tonne de CO2, c’est aujourd’hui 14 heu… centimes. Alors de 14 à 32, il y a de la marge ».
Quelle démonstration d’incompétence ! Quel déballage d’énormités en quelques minutes sur ce sujet ! La preuve que les politiciens et les journalistes sont moins à l’aise sur les sujets d’avenir que pour disserter stérilement sur leur
« croissance » du passé !
D’abord, le coût envisagé de la tonne de CO2 n’est pas de 32 CENTIMES d’euros, mais de 32 EUROS ! Bah, ça fait juste un rapport de 1 à 100, c’est une erreur excusable pour un ministre des finances, les vacances, sûrement ! Du coup on comprend mieux l’énormité du déficit budgétaire, ou les montants pharaoniques des aides aux banques : ce n’étaient pas des euros qui étaient prévus, mais des anciens francs !
Quant au surcoût de 8 centimes d’euro par litre de super (elle ne sait pas que l’immense majorité des automobilistes roulent aujourd’hui au gasoil), doit-on lui rappeler que ce prix a baissé d’une trentaine de centimes par rapport à l’été dernier, alors ce ne sont sûrement pas 8 pauvres centimes qui vont inciter à quoi que ce soit…
Ensuite, le cours de 14 euros la tonne est scandaleusement bas, puisqu’il résulte de la surattribution aux industriels de
quotas basés sur leur pollution actuelle (que l’on
« amnistie » donc de fait), et n’a strictement rien à voir avec la réalité.
Jean Marc Jancovici, l’un des pères de l’idée de
« Taxe Carbone », évoquait
en 2003 le chiffre de 1500 euros
« la tonne d’équivalent carbone », et comme un kg de CO2 vaut 0.2727
« tonne d’équivalent carbone », cela fait environ 400 euros la tonne de C02, près de 13 fois le chiffre de Rocard !
Je cite encore Jancovici, à propos de son chiffre :
« C’est donc beaucoup, mais c’est volontaire pour l’exercice : un niveau bien plus faible (de l’ordre de 100 à 150 euros la tonne de carbone, soit de 5 à 10 centimes en plus sur le prix de l’essence) ne permettront pas d’infléchir les comportements de manière compatible avec la diminution à atteindre ». 100 à 150 euros la tonne de carbone, c’est donc 27 à 40 euros la tonne de CO2, exactement dans les eaux du chiffre de Rocard !
Ceci relativise donc les couinements de Madame Lagarde et des con-sommateurs, et permet d’affirmer avec Jancovici que cette taxe ne servira à rien… sinon à faire boucher par les particuliers le trou résultant de la suppression de la taxe professionnelle…
Le bilan de cette émission : affligeant ! Mais tant que nous aurons des Christine Lagarde au gouvernement, et des Eric Delvaux pour les interroger, comment voulez-vous que les choses changent ?